4 septembre 2020

Les industries textiles françaises, atout inexploité de la relance

2 200 entreprises et 60 000 emplois qui subviennent aux besoins de 8 secteurs stratégiques, voici ce que représente la filière textile française. Atout méconnu de notre économie, elles sont pourtant une chance pour soutenir la reprise et entamer la transformation de notre tissu industriel… à condition de s’en saisir.

Les industries textiles françaises, atout inexploité de la relance

A l’heure où pouvoirs publics, think tanks et autres cercles de réflexion se penchent sur la question de la relance et du monde de demain, la filière textile n’est pas vraiment perçue comme un secteur prioritaire. Et quelle erreur… Créatrices d’emploi, composées de PME à 93%, fournisseuses de produits indispensables à de nombreux secteurs stratégiques tels que l’aéronautique, le médical et la santé, l’hôtellerie-tourisme ou encore l’automobile, les industries textiles sont un rouage de notre économie sans lequel il n’y aura ni croissance pérenne, ni France souveraine. Alors même que la filière entame un travail d’unification, de réflexion et de transformation, elle peut être un atout inégalable dans le redressement de notre pays.

Se préparer aujourd’hui aux métiers et à l’industrie de demain

IA, jumeaux numériques, réalité mixte… l’industrie de demain sera 4.0 ou ne sera pas. Cela signifie que 60% des métiers verront 30 à 40% de leurs tâches automatisées d’ici 2030 (McKinsey, juin 2020). Face à ce constat, il devient urgent d’anticiper et de prendre des mesures visant à éviter défaillances d’entreprises et destructions d’emplois. Sans tomber dans le tout robotique, les entreprises doivent bénéficier de conditions favorables à l’émergence de métiers qui attirent les jeunes et font jouer aux industries textiles leur rôle d’insertion et d’ascenseur social grâce à une montée en qualification des équipes.

Car il y a aussi un enjeu d’innovation dans la formation : la R&D garantie une différenciation de l’offre grâce à des réponses adaptées à des attentes de plus en plus exigeantes… à la condition de fidéliser nos talents et d’attirer des profils à niveau de qualification élevée et spécialisée. Développer l’innovation c’est aussi favoriser un cercle économique vertueux : collaboration au sein de la filière, dynamisation des pôles de compétitivité, accompagnement de la transformation numérique des industriels. 

Enfin, moderniser notre industrie est aussi la seule manière d’apporter une réponse claire et adaptée aux attentes sociétales en termes de traçabilité, de qualité, et d’éthique.

La France et le monde, le défi de la compétitivité

Derrière l’industrie 4.0 se cache également le défi de la compétitivité. Alors que le textile est à la fois un secteur hyperconcurrentiel et dont la demande est en croissance au niveau mondial, les places dans le panier des Français et des Françaises se font chères ! Et dans cette course, la fiscalité de production en France est une vraie pénalité, ayant un impact sur les prix de vente et les coûts de revient. Des mesures pour les productions locales les mieux-disantes, telles que des conditions d’accès privilégiées au marché français, ou augmentant notre compétitivité face aux industries eurasiatiques doivent être examinées.

Par ailleurs, si la prise en compte des enjeux environnementaux est une nécessité, le mille-feuille européen pénalise les entreprises déjà implantées qui respectent les exigences environnementales françaises. Si la relocalisation doit être l’occasion de repenser des modes de production afin de maitriser l’empreinte carbone de la filière, il serait pertinent d’envisager un soutien conditionné au respect des exigences environnementales françaises et un soutien aux investissements financiers.

En conclusion, seule la juste conjugaison d’une montée en compétences globale, du pari de l’innovation et du respect de l’environnement nous permettra de relever les nombreux défis qui nous attendent, tout en travaillant à une meilleure acceptabilité sociale des usines dans nos territoires.

Stéphane Mathieu,

Directeur général de SIGVARIS GROUP France,

Membre de l’Union des Industries Textile (UIT),

Membre du Conseil d’administration du SNITEM

Cette Tribune d'opinion a été publiée dans la rubrique "Idées & débats" des Echos du 21 août 2020 et dans la rubrique "Le Cercle" du site lesechos.fr